Voyage NZ

Quand Mamy part et que je ne suis pas là pour lui tenir la main

Lorsqu’on se prépare à vivre dans un autre pays, on a toujours dans un coin de la tête la question « et s’il arrivait quelque chose à mes proches pendant mon voyage? ». En déménageant au Canada, j’étais terrifiée à l’idée de perdre une personne que j’aimais alors que j’étais à l’autre bout du monde. Après 6 ans loin de la maison, il était évident que cela arriverait. J’ai perdu cette dernière année mes deux grand-mères. Mamie maternelle nous a quitté alors que j’étais au Québec. Dans sa tête, un vilain nénuphar mangeait ses plus tendres souvenirs, volaient nos prénoms et effaçaient son quotidien. La maladie d’Alzheimer ne se conjugue qu’au présent. Dans cette terrible épreuve, elle m’a quand même laissé le temps de dire peu à peu aurevoir à la Grand-mère qui m’avait élevée. Je l’ai vu une dernière fois, deux mois avant son départ.

Aujourd’hui, alors que je vis en Nouvelle-Zélande et encore plus loin sur le globe, je viens de laisser partir Mamie paternelle. Le nénuphar a sévi cette fois dans la hanche. C’est un satané cancer qui m’a enlevé ma Grand-mère adorée. Et même si la maladie nécessite des traitements, j’étais loin d’imaginer qu’en partant de France, c’était la dernière fois que je la verrais. Je vivais dans le déni. Parce que c’est plus facile de repartir en se convaincant que tout ira bien, que Mamie guérira. On espère toujours. Mais la santé de Mamie n’est pas allée mieux. Nous correspondions par la poste puis par téléphone. Je l’appelais environ deux fois par semaine. Nous restions parfois plus d’une demi-heure au téléphone, parfois juste cinq minutes quand la douleur refusait de nous donner du temps.

Mais cette fois, j’ai été réellement confrontée à ce choix terrible : est-ce que je reste ou est-ce que je rentre? Parce que cela faisait si longtemps que je ne l’avais pas vue. Parce que je culpabilisais de laisser ma famille vivre cette terrible épreuve sans moi. Parce que je dois beaucoup à Mamie et qu’elle me manquait.

Finalement, je suis restée en Nouvelle-Zélande. J’aurais mille raisons à donner pour cela. Mais la vérité est qu’aucune ne serait bonne. J’ai simplement choisi de garder le souvenir de Mamie tel que je l’avais ancré dans ma mémoire. J’en créais des nouveaux avec elle toutes les semaines par téléphone. Je suis persuadée qu’elle s’est plus livrée à moi ces dernières semaines au bout du fil qu’elle ne l’aurait fait si j’avais été présente dans sa chambre d’hôpital. Il y a quelque chose de beau dans la mort qui se profile : la délivrance. Elle parlait sans filtre. Je n’ai jamais fini une de nos conversations autrement que par un « je t’aime ». Je ne vous cache pas que j’avais envie d’être là, avec elle. Raccrocher me nouait l’estomac. J’ai beaucoup, beaucoup pleuré. Mais j’ai aussi beaucoup parlé d’elle, à tous ceux qui m’entourent. J’ai de la chance d’avoir une famille soudée et des parents merveilleux qui prennent soin de mes grand-parents.

Merci à l’infirmière ou à l’aide-soignante qui a pris le temps de décrocher le téléphone de Mamy dimanche matin pendant les soins. Elle m’a d’abord demandé de rappeler plus tard puis s’est ravisée quand je lui ai dit que j’appelais de Nouvelle-Zélande. Elle a gentiment posé le combiné du téléphone au creux de l’oreille de Mamy afin que je puisse lui parler. Cette infirmière ne le sait peut-être pas, mais grâce à elle, j’ai pu dire une dernière fois à Mamy que je l’aimais.

Alors merci Madame, qui que vous soyez, d’avoir pris soin de ma Grand-Mère pendant son séjour au soin palliatif de l’Hôpital de Haguenau. Merci d’avoir fait encore plus que votre travail en ayant pris le temps de m’écouter et en me proposant une solution même si Mamy n’était pas en mesure de me répondre. Grâce à vous, je sais qu’elle est partie le cœur un peu moins lourd. Et moi, vous m’avez laissé le cœur un peu plus léger.

Je ne serai pas en France pour les funérailles mais j’irai à l’église du village pour lui allumer une bougie. Nous ouvrirons aussi une bonne bouteille de vin pour trinquer à son départ, comme il se doit, comme elle aimait elle aussi le faire, autour d’une table. J’ai écrit un texte avec tous mes cousins et cousines qui sera lu pendant la messe.  Je ne suis pas là, mais j’ai besoin de célébrer, de faire quelque chose pour elle. Pour faire mon deuil, je vais devoir rentrer en France après deux ans loin de ma famille et là, je vais vraiment réaliser que les maisons sont vides sans mes grands-mères chéries. Je vais réaliser que je n’étais pas là mais que la vie a continué, que l’arrêt sur image a lieu sur les pierres froides des cimetières chantants.

Rentrer ou rester? Seul votre cœur vous le dit. Parfois l’explication n’est pas rationnelle. L’essentiel, comme dirait Maman, est de ne pas avoir de regrets. Je suis restée avec le souvenir de deux femmes incroyables bien gravé au plus profond de mon âme. Lorsque je marcherai sur le prochain sommet de montagne, je prendrai un instant pour lever les yeux vers le ciel et penser à celles qui ont illuminé ma vie et sans qui, je suis sure, je ne serai pas ici.

4 Comment

  1. coucou Emy,
    je suis de tout cœur avec toi dans cette dure épreuve de la vie, eh oui désormais tes deux mamies sont parties dans un autre monde …. quel bel hommage … je suis touchée par ton magnifique hommage, mais c’est vrai tu le dis comme tu le penses et comme tu le rescent et c’est ce que j’éprouve moi aussi , ma petite maman me manque aussi elle est partie bientôt 3 mois déjà …. je vous embrasse et courage pour la suite de votre aventure avec dans vos cœurs de très beaux souvenirs …. bisous Noëlle

  2. Très beau message Emy!
    Dans la vie les choix ne sont pas faciles mais comme le dit si bien ta maman ne pas avoir de regret…et profiter intensément des moments qu on peut avoir avec sa famille ou ses amis
    Biz d Ohlungen
    Anne

  3. Bonjour Emy

    C’est une belle lettre que tu as écrit.
    Ton cœur a parlé. Tu as pu discuter avec ta mamie même si tu étais au loin. C’est le principal. Elle aussi a peut être attendu pour partir jusqu’à ce que vous aviez passé en revue tout ce que vous aviez encore a vous dire. Maintenant elle utilisera un autre moyen de communication pour entrer en contact avec toi. Son souvenir te permettra de trouver la clé de cette nouvelle messagerie à mettre en place entre vous pour communiquer. Cette communication à l’image du vécu de chacun ne sera jamais subtilisée par la technologie.

    Encore de belles aventures dans l’hémisphère sud. À bientôt en Alsace

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